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Golf – EPGA – Olivier Elissondo : «Le golf de haut niveau est un travail d’équipe»

Est-ce toujours dur de faire comprendre que vous n’êtes pas qu’un simple porteur de sac?

On a parfois encore ce genre de réflexions oui. Le pire c’est quand on me dit : «moi aussi je pourrais faire caddie». Oui bien sûr, tout le monde peut faire caddie d’un joueur en pleine forme. C’est quand les choses se gâtent ou qu’on joue sur des parcours très compliqués que les compétences requises ne sont plus les mêmes. On en reparle sur l’Albatros en conditions Open de France par exemple (rires).

 

Même pour vous, le Golf National fait partie de ces tracés redoutés?

Clairement oui. Mais l’Open de France est aussi un super challenge. Parce qu’on a pas le droit à l’erreur. Il faut sans cesse anticiper, trouver les bonnes zones, on ne se repose jamais sur l’Albatros. Même le trou le plus facile est compliqué cette semaine-là. C’est sur ce genre de tracés qu’on se rend vite compte que notre métier est loin d’être si facile. On ne serait pas payé aussi cher sans ça (sourire). C’est un vrai métier.

 

On a le sentiment que c’est quand même 90% d’emmerdes pour 10% de plaisir votre job…

C’est ce qu’on m’a dit quand j’ai commencé le métier oui ! Et celui qui m’a dit ça n’avait pas tort (rires). Le bonheur c’est la victoire ou quand on joue dans les dernières parties des Majeurs. Ce sont des moments à part. Cette année, quand on est en avant-dernière partie à l’US Open, je peux vous dire que la marche vers le départ est très spéciale. Le coeur bat vraiment fort !

«Notre métier est loin d’être facile. On ne serait pas payé aussi bien sinon!»

Faut-il forcément avoir un niveau de jeu élevé pour être un bon caddie?

Ça aide, c’est certain. Tous les caddies qui sont là cette semaine à Dubai sont de bons golfeurs. Ce sont de bons stratèges qui ont le sens du jeu. Je crois que chez les Français le plus mauvais d’entre nous doit être 4 de handicap. Il y a des pros, d’anciens joueurs… C’est important de pouvoir parler le même langage avec tout le staff : celui du golf pro de haut niveau.

 

On a le sentiment que votre job se situe entre le joueur d’échec et le comptable…

On est surtout des comptables ! On essaie de quantifier les choses sans arrêt. C’est sûr que quand ça va mal on joue aussi un peu aux échecs. On place nos pions, on tente de faire jouer des zones plus sécurisantes, on attend que ça se calme et que le joueur se remette en mode machine. C’est pour ça que parfois on se retrouve loin des drapeaux. La plupart du temps c’est voulu parce qu’on cherche les zones safe. On essaie de ne pas perdre de points inutilement ou bêtement. Et c’est vrai aussi qu’on a un rôle de recueil de données sur le terrain. Mais faire ces stats c’est juste une question d’organisation et d’habitude. On apprend vite à aller à l’essentiel sur le terrain.

À quel point devez-vous aussi être psychologue sur le parcours ?

C’est compliqué ça… Car les joueurs sont très différents. Certains aiment parler quand ça va mal, d’autres pas du tout. Il faut assez vite lire son joueur, savoir laisser passer l’orage, prendre sur soi. À force on arrive à posséder les clés pour réagir le mieux possible quand les passages délicats surgissent. Faire du calcul c’est facile, gérer un parcours tout autant. Par contre gérer les moments compliqués avec des compétiteurs pareils, c’est autre chose. Ça reste la partie la plus compliquée du boulot sur le parcours.

 

Est-ce compliqué de n’avoir aucun état d’âme, de rester le plus neutre possible émotionnellement parlant ?

Ça aussi c’est une question d’habitude. On est concentré sur le parcours, comme peut l’être notre joueur. On a un travail à faire, on est payé pour ça donc on le fait. Il ne faut pas avoir d’état d’âme. Une bonne image d’un mec super concentré sur son boulot c’est par exemple Tom (Ayling, le co-pilote d’Alexander Levy). Quoi qu’il arrive, son attitude ne change pas. De toute façon les joueurs sentent vite les choses si notre comportement ou même notre intonation de voix change. Il faut essayer d’être le plus neutre possible jusqu’au bout. Il suffit de voir les caddies des mecs qui gagnent : même avec 4 coups d’avance ils prennent des notes jusqu’au bout de la partie. Ces notes peuvent servir pour l’année d’après puisqu’on garde tous les carnets de parcours. Il n’y a pas de laissé aller.

 

Faites-vous partie intégrante des plans de saison ou même de carrière de votre joueur ?

J’ai tout intérêt à faire partie des réunions qui concernent les envies et les objectifs de Greg’ oui. Il faut que tout le monde fonctionne dans le même sens vers l’objectif qu’il se fixe. D’autant que l’équipe est bien plus grande autour du joueur que ce que l’on peut voir. Ça ne se résume pas au joueur, au cad’ et à l’entraîneur. Il y a bien plus de monde que ça. C’est sûr que nous sommes le dernier maillon qui peut intervenir sur le parcours, on participe peut être un peu plus directement à la performance sportive. Mais le golf de haut niveau reste un travail d’équipe, même si c’est un sport individuel.

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